Critique Nouvelle RépubliqueCritique de La Nouvelle République 08/12/2014

S'il fallait une preuve que les Fêtes musicales, qui viennent de fêter un demi-siècle d'existence, ont toujours l'audace de la jeunesse, la programmation de cette fin de mois de novembre l'apporterait. Loin des sentiers battus, tissant l'émotion et les fils de la mémoire, le festival portait, pendant trois jours, l'écho d'œuvres parfois méconnues de ces musiciens et musiciennes, aux destins marqués par la Première Guerre.

Jeudi, encore troublé par le message de paix, « qu'au-delà de l'horreur des combats », l'Ensemble La Follia avait apporté la veille, par la voix de compositeurs de toutes nations, le public avait rendez-vous avec Albéric Magnard et Lucien Durosoir. De la chair poignante de ses graves à la transparence céleste de ses aigus, le violon de Geneviève Laurenceau dans l'écrin du clavier aux mille climats de David Bismuth chantait la poésie, le lyrisme, la délicatesse surannée de « Bretagne » et de « Berceuse » de Durosoir, le virtuose à la carrière foudroyée, avant la Sonate pour violon opus 13 de Magnard. Quelle œuvre ! Dans des plaintes qui empoignent le cœur et des torrents bondissants, dans un souffle épique et des accès de rage, imprévisible, la musique chante, soupire, s'enflamme à tout moment sous l'archet qui caresse ou incendie les cordes, dans la lumière, la fureur ou le cristal d'un piano inspiré. Éblouissant !

Correspondant NR : Philippe Haller

Mêlant l'élégance et la fureur, le duo Laurenceau-Bismuth sublimait des pièces de Lucien Durosoir et l'éblouissante sonate d'Albéric Magnard. (Photo Gérard Proust)